Ce dimanche, Bessan devient le rendez-vous des passionnés de motos anciennes. Le grand rassemblement annuel revient pour sa 29e édition, avec des machines de collection et une ambiance vintage. De quoi remonter le temps à chaque coup de kick.
Dimanche 3 mai, Bessan remet de l’huile de ricin dans l’air et du chrome sous le soleil : la sortie annuelle des motos rétros revient pour une 29e édition. Aux manettes, le club L’âne à deux Rooues, et une équipe de bénévoles emmenée par Alphonse Corzo, fidèle au poste. L’objectif ne change pas : rassembler, faire rouler et surtout faire voir des machines qu’on ne croise plus qu’en photo… ou dans les garages des obstinés.
Le décor, lui, vaut le détour. Les motos seront exposées sur la place de la Promenade, au contact direct du marché dominical : autant dire que le public n’a pas besoin d’être “motard” pour tomber dessus. Dans un pays où l’on parle plus souvent de restrictions, de contrôle technique et de mobilité urbaine que de mécaniques à kick, ce genre de rendez-vous rappelle une évidence : la moto, ça se partage, même à l’arrêt.
Reste une question, toujours la même quand on parle d’anciennes : est-ce qu’on vient pour admirer une collection figée, ou pour entendre ces moteurs vivre vraiment ? À Bessan, la réponse se trouve dans le programme : café, exposition, départ en balade, puis repas et remise de prix. Du concret, du roulant, du vécu.

Un dimanche où la place vibre
À partir de 8h, les premières motos se posent sur la place de la Promenade. On connaît le tableau : les propriétaires arrivent tôt, pas seulement pour être bien placés, mais parce que ces mécaniques aiment la fraîcheur du matin. Et puis, avouons-le, un alignement de réservoirs bombés et de garde-boue polis au milieu des étals du marché, ça attire l’Å“il plus vite qu’une vitrine de casques.
Le rassemblement reste ouvert à tous, et c’est l’un des points forts. On peut venir en ancienne, en moderne, ou simplement à pied, avec un café à la main. Les habitués discutent réglages, références de carburateurs, astuces de démarrage. Les curieux, eux, posent les questions qu’on a tous posées un jour : “Ça démarre comment ?”, “Ça freine vraiment ?”, “Ça roule à combien ?” Rien de scolaire, juste de la passion qui circule.
Le club L’âne à deux Rooues annonce plus d’une cinquantaine de machines attendues. Ce n’est pas un concours de volume, et tant mieux : au-delà d’un certain nombre, on ne regarde plus, on survole. Là , on peut prendre le temps de détailler une fourche à ressorts, un tambour avant, une commande d’avance à l’allumage, ou un simple compteur jauni par les années. Les discussions s’étirent, les souvenirs aussi.
Le contact avec le public fait partie de l’ADN. Les propriétaires “montrent leur joujou”, oui, mais surtout ils racontent. Une restauration sur dix ans, une moto héritée, une trouvaille dans une grange, une immatriculation refaite au prix de quelques migraines administratives. Au milieu des stands de fruits et légumes, la moto ancienne reprend sa place d’objet populaire, pas d’objet de musée.
Des machines d’avant 1960 minimum
Le critère annoncé est clair : des motos “vieilles”, avec un millésime qui remonte à 1960 minimum. On parle donc d’une période charnière, juste avant que la production ne se standardise à grande échelle et que les performances ne grimpent franchement. Les lignes sont simples, les solutions techniques parfois déroutantes, et la conduite demande autre chose que d’ouvrir en grand en se reposant sur l’électronique.
Ce choix de date n’a rien d’anodin. Une moto d’avant 1960, ça se pilote avec de l’anticipation, et ça se respecte. Les démarrages au kick se méritent, les carburations se règlent à l’oreille, les freins tambours réclament de la marge. Pour le public, ce sont des détails; pour ceux qui roulent, ce sont des gestes et des habitudes qui transforment une simple balade en vrai moment de mécanique vivante.
Le café, puis la balade encadrée
Le rendez-vous démarre “autour d’un café”, et ce n’est pas qu’une formule. Sur un rassemblement d’anciennes, le premier quart d’heure sert à écouter les motos. Une qui tient mal le ralenti, une autre qui fume un peu plus que prévu, une troisième qui refuse de repartir à chaud. On serre une vis, on vérifie une durite, on retend un câble. Ce dimanche, à 8h, l’ambiance se jouera aussi à ce petit théâtre-là , celui des mains noircies et des outils sortis du sac.
Le départ de la balade est annoncé vers 10h. Côté organisation, l’équipe de L’âne à deux Rooues encadre et sécurise l’itinéraire dans l’arrière-pays de l’Hérault. Sur route ouverte, avec des motos âgées et parfois capricieuses, l’encadrement ne relève pas du luxe : il conditionne le plaisir de rouler sans stress, en gardant un rythme cohérent pour tout le monde.
Sur une sortie de ce type, la vitesse n’intéresse personne. Le plaisir vient d’ailleurs : la sonorité sourde d’un mono, le cliquetis d’une distribution, l’odeur d’essence, la position de conduite d’époque, les suspensions qui travaillent “long” et les trajectoires qu’on arrondit. On roule groupé, on s’attend, on se fait signe. Pour les villages traversés, le passage d’une colonne d’anciennes à 10h ressemble à une parenthèse, un petit événement dans l’événement.
Le parcours dans l’arrière-pays de l’Hérault colle bien à l’esprit : des routes où l’on peut profiter du paysage, sans exiger des freins modernes ni une garde au sol de sportive. Et puis, disons-le, une ancienne sur une petite départementale, c’est cohérent. La même machine au milieu d’un trafic dense, avec des automobilistes pressés, devient vite une épreuve. Ici, l’organisation a manifestement choisi la bonne scène.
Ce qui frappe, sur ces balades, c’est la solidarité. Quand une moto hésite, on s’arrête. Quand un câble casse, quelqu’un a souvent une solution. Et quand une machine repart après deux coups de kick et un réglage de richesse, tout le monde sourit. La moto ancienne ne pardonne pas l’approximation, mais elle récompense la débrouille.
Une organisation portée par des bénévoles
Une 29e édition, ça ne tient pas par hasard. Derrière, on trouve Alphonse Corzo et une équipe de bénévoles qui connaissent le terrain, les contraintes, et surtout les participants. L’encadrement de la balade, la gestion de l’accueil, la coordination avec la place du marché, tout ça demande du monde et du temps. On ne parle pas d’un simple “rendez-vous parking”, mais d’une journée structurée.
Le club L’âne à deux Rooues revendique un esprit bon enfant, mais l’organisation reste sérieuse. Accueillir plus d’une cinquantaine de motos venues de “toutes les régions de France”, les exposer au public, puis les faire rouler ensemble, impose une logistique. À ce niveau, le bénévolat devient une compétence : savoir anticiper, gérer les imprévus, et garder l’ambiance détendue.
Pour ceux qui veulent participer ou simplement se renseigner, le contact passe directement par Alphonse Corzo au 06 15 86 82 33. À l’ancienne, là aussi : un numéro, un appel, et on obtient les infos. Pas besoin de formulaire interminable, ni de QR code collé sur une affiche. Cette simplicité colle bien au thème.
Programme, horaires et moments clés
Le déroulé de la journée suit une logique limpide : exposition, balade, puis convivialité. L’accueil débute dès 8h sur la place de la Promenade, avec les motos visibles au milieu du marché dominical. Le départ de la balade se situe vers 10h, direction l’arrière-pays de l’Hérault, avec un encadrement annoncé comme sécurisé.
Les temps forts annoncés :
- 8h : accueil des participants autour d’un café et exposition sur la place de la Promenade
- Marché dominical : visibilité maximale pour le public, au fil de la matinée
- 10h : départ de la balade encadrée dans l’arrière-pays de l’Hérault
- Fin de journée : repas puis remise de prix pour les plus belles motos
La journée se termine par un repas et une remise de prix. Là encore, l’idée n’est pas de transformer l’événement en concours guindé, mais de marquer le coup et de remercier ceux qui font vivre ces machines. Une “plus belle moto”, sur une sortie d’anciennes, ne se résume pas à une peinture neuve : l’histoire, l’authenticité, la restauration intelligente comptent tout autant.
Ce format, on le sait, fonctionne parce qu’il mélange les publics. Les passionnés viennent pour discuter technique et rouler. Les familles tombent dessus en allant au marché. Les anciens racontent “la moto de leur jeunesse”. Et les plus jeunes découvrent qu’avant l’ABS et les écrans TFT, une moto pouvait déjà donner des frissons, juste avec un réservoir, un guidon et un moteur qui vit.
Pourquoi ces rassemblements comptent encore
Dans un quotidien où l’on parle surtout d’équipements obligatoires, de restrictions de circulation et de normes, une sortie d’anciennes remet le projecteur sur le plaisir simple : voir, entendre, sentir. Une moto de collection, même immobile sur la place de la Promenade, raconte une époque. Et quand elle prend la route à 10h, elle rappelle qu’une mécanique n’existe vraiment que lorsqu’elle tourne.
Bessan, avec sa 29e édition et ses plus d’une cinquantaine de machines d’avant 1960 minimum, propose exactement ça : une parenthèse où l’on prend le temps. Ceux qui hésitent à passer n’ont pas besoin d’être spécialistes. Il suffit de venir tôt, de regarder, d’écouter, et de se laisser happer par l’ambiance, celle qui fait qu’on repart souvent avec une seule idée en tête : remonter en selle, quelle que soit la génération de la moto.


