KTM pousse le concept d’hypernaked jusqu’au bout avec une version pensée pour le circuit. Position, équipement et réglages annoncent une machine radicale, plus proche d’une moto de course que d’un roadster. De quoi faire peur aux sportives.
KTM 1390 Super Duke RR Track. Rien que le nom annonce la couleur, et la fiche technique enfonce le clou : 202 ch, 151 Nm et 177 kg pour une moto née pour tourner en rond, vite, longtemps, et sans s’excuser. On parle d’une hypernaked qui ne cherche même plus à faire semblant de pouvoir aller chercher le pain. Ici, l’objectif tient en deux mots : chrono et constance.
Le contexte, on le connaît : les hypernaked ont pris la grosse tête. Entre les roadsters qui dépassent 200 ch et les sportives qui se battent pour rester désirables malgré l’Euro 5+, les frontières s’effacent. Une Aprilia Tuono V4 ou une BMW M 1000 R savent déjà mettre des baffes à pas mal de carénées sur piste, tandis qu’une Ducati Streetfighter V4 a rendu la notion de “roadster raisonnable” presque comique. KTM, avec sa Super Duke, joue ce jeu depuis longtemps. Là, la marque enlève carrément les gants.
Le vrai sujet, c’est la bascule : une Super Duke pensée exclusivement circuit, annoncée comme la première du genre dans la gamme. Jusqu’où peut-on dépouiller, rigidifier, affûter une hypernaked sans la transformer en sportive déguisée ? Et, au passage, quel message KTM envoie aux pistards qui hésitent entre un guidon large et des bracelets ?
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Une Super Duke qui ne joue plus la route
À première vue, la démarche frappe par sa cohérence. La KTM 1390 Super Duke RR Track se débarrasse de tout ce qui rattache une moto à la circulation : pas de rétros, pas de phare, pas de support de plaque. Pas un détail cosmétique, une intention. On ne parle pas d’un kit piste monté à la va-vite sur une base homologuée, mais d’un modèle présenté comme strictement circuit, développé pour répondre aux contraintes d’utilisation en roulage et en course, avec un cahier des charges qui vise les exigences FIM.
Cette approche change le regard. Une hypernaked “piste” n’a pas à composer avec les compromis habituels : faisceau simplifié, périphériques inutiles supprimés, ergonomie qui peut s’autoriser des extrêmes. Et sur un engin qui revendique 202 ch, la chasse au superflu n’a rien d’un caprice. Sur circuit, le poids se ressent partout : dans les freinages, dans les changements d’angle, dans la fatigue du pilote au bout de 6 sessions.
Justement, KTM annonce un régime minceur sérieux. La KTM 1390 Super Duke RR Track affiche 9 kg de moins que la KTM 1390 Super Duke RR homologuée route, et même 20 kg de moins que la KTM 1390 Super Duke R standard. La balance s’arrête à 177 kg. Pour une machine à gros bicylindre, guidon large et pneus slicks, autant dire qu’on s’approche d’un rapport poids/puissance qui commence à flirter avec les sportives sérieuses.
Les ingrédients de cette cure, KTM les liste sans détour : habillages en fibre de carbone, roues en magnésium forgé et un échappement complet Akrapovič Evolution Line en titane, sans oublier la visserie titane. On ne parle pas d’un simple silencieux “racing look”, mais d’une vraie logique de masse non suspendue et de réduction d’inertie. Les roues en magnésium, sur piste, transforment souvent plus la moto que 10 ch de plus : direction plus vive, moto qui “tombe” plus facilement sur l’angle, et relances qui paraissent moins lourdes.
Autre point qui mérite qu’on s’y attarde : la plateforme électronique annoncée comme “réduite”, dédiée au circuit. Sur une machine moderne, l’électronique peut devenir une béquille… ou une complication. En piste, on veut des réglages lisibles, des modes cohérents, et un comportement reproductible quand la piste chauffe et que le pneu arrière commence à souffrir. KTM semble viser cette simplicité fonctionnelle : moins d’options inutiles, plus d’outils pertinents pour rouler vite.

Un moteur LC8 dopé au chrono
Au cœur de cette KTM 1390 Super Duke RR Track, on retrouve le bicylindre LC8 porté à 1 350 cc. Dans cette déclinaison, KTM annonce 202 ch et 151 Nm. La base, on la connaît : un twin qui cogne, qui remplit, qui tracte fort dès le milieu du compte-tours, avec ce côté brutal mais étonnamment efficace quand l’électronique et la partie-cycle suivent. Là, l’idée consiste à rendre cette force exploitable plus longtemps, plus proprement, plus vite, session après session.
Sur piste, la question n’est pas seulement la puissance maxi. Le couple de 151 Nm impose une gestion fine de la motricité, surtout avec des slicks quand la fenêtre de température n’est pas encore atteinte au premier tour lancé. Face à des rivales comme la Ducati Streetfighter V4 ou la Aprilia Tuono V4, le twin KTM garde un avantage de sensation “pleine main” à la remise des gaz. Le revers, c’est qu’il ne pardonne pas : trop tôt, trop fort, et la moto vous rappelle qu’un guidon large n’empêche pas une glisse sale.

Du matériel de course, sans l’alibi
Si cette version Track existe, c’est aussi pour justifier une dotation qui va plus loin que la Super Duke déjà très bien armée. KTM annonce des suspensions WP Pro Components avec une technologie issue du MotoGP. Dans les faits, ce genre de matériel vise deux choses : garder du maintien en entrée de courbe quand on freine tard, et offrir de la lecture sur l’angle quand le pneu arrière commence à se dégrader. Sur une hypernaked, la gestion du transfert de masse reste le nerf de la guerre : plus de débattement qu’une sportive, un pilote plus droit, et un moteur qui pousse fort. Sans suspensions haut de gamme, la moto se met à pomper, à élargir, à fatiguer.
Côté freinage, KTM parle d’un ensemble Brembo “niveau Superbike”. Traduction : puissance et endurance d’abord, feeling ensuite, parce qu’un pistard préfère un levier constant à un mordant de vitrine. Sur une machine annoncée à 177 kg et 202 ch, les freinages se font plus courts, plus violents, et surtout plus fréquents quand on roule en paquet. La constance devient une obsession, et c’est souvent là que les roadsters préparés à la maison se font piéger.
Les pneus aussi donnent l’orientation : Michelin Power Performance Slick. Là, on sort de l’hypersport homologué route et de ses compromis. Le slick impose une routine de pistard : gestion des pressions à chaud, montée en température, lecture de la piste. Sur une hypernaked, ça change aussi le style de pilotage : on peut oser plus d’angle, freiner plus tard, remettre plus tôt. À condition d’accepter que la sanction arrive vite si on traite le slick comme un pneu routier.
La chasse aux grammes, on l’a dit, passe par des pièces nobles. Les habillages en fibre de carbone ne servent pas qu’à flatter l’œil : ils abaissent la masse globale et participent au côté “moto de course”. L’échappement complet Akrapovič Evolution Line en titane, lui, combine gain de poids et respiration du moteur. Sur une piste rapide, la moindre inertie en moins se ressent à la remise des gaz et à la rapidité de mise sur l’angle.
Les points clés annoncés sur cette version Track :
- Suppression des éléments routiers : pas de rétroviseurs, pas d’éclairage, pas de porte-plaque
- Habillages en fibre de carbone pour réduire la masse et renforcer l’orientation piste
- Roues en magnésium forgé pour gagner en agilité et en inertie
- Échappement complet Akrapovič Evolution Line en titane et visserie titane pour la chasse aux kilos
- Suspensions WP Pro Components et freinage Brembo annoncés au niveau course
- Pneus Michelin Power Performance Slick montés d’origine

Une série ultra limitée, hors radar français
Cette KTM 1390 Super Duke RR Track se place aussi comme un objet rare : production annoncée à 100 unités. Ce chiffre, à lui seul, explique la philosophie. KTM ne cherche pas à remplir les concessions, mais à signer une vitrine technique, une moto “client racing” prête à rouler, avec une préparation intégrée et cohérente. Dans ce genre de programme, la rareté sert autant l’image que la valeur de revente, et elle attire une clientèle qui veut rouler différent au paddock.
Reste un point très concret pour nous, motards français : à ce jour, cette KTM 1390 Super Duke RR Track n’est pas annoncée comme distribuée sur le marché français. On peut toujours imaginer des importations privées pour les plus motivés, mais l’intérêt principal, pour KTM, tient surtout au signal envoyé à l’Europe : l’hypernaked ne se contente plus d’être un roadster énervé, elle devient une arme de circuit à part entière. Et si vous rouliez déjà en Ducati Streetfighter V4 ou en Aprilia Tuono V4 en journées piste, avouez qu’une Super Duke “Track only” a de quoi titiller la curiosité, ne serait-ce que pour voir combien de sportives elle peut aller chercher au freinage.


